
Les avions sont parfois le théâtre de rencontres inattendues. Lundi, alors qu'il pénétrait dans l'Airbus A320 d'Air France reliant Prague à Paris, un groupe de journalistes (dont l'auteur de ces lignes) et de sportifs de haut niveau a eu la surprise de découvrir Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration et de l'identité nationale, assis au premier rang de l'appareil, son officier de sécurité à porté de main. On imagine aisément l'objet du déplacement à Prague de ce que ce très proche de Nicolas Sarkozy, chargé de mettre en place une politique d'immigration à base de quotas drastiques et d'expulsions massives. Les plombiers tchèques n'ont qu'à bien se tenir!
Parmi les athlètes invités par le fabricant de lentilles de contact Accuvue (Johnson & Johnson) à subir une batterie de tests occulaires, le marcheur Yohann Diniz (médaillé d'argent aux Mondiaux d'Osaka en 2006 et champion d'Europe). Régulièrement surnommé "Yohann le rouge" dans la presse, en référence à ses sympathies politiques affichées, ce champion est plus proche d'Olivier Besancenot que de Brice Hortefeux. Révolutionnaire dans l'âme, il s'est un peu "calmé" ces dernières années et c'est aux côté de la candidate socialiste à la mairie de Reims qu'il s'est engagé pour la bataille municipale : Adeline Hazan pose d'ailleurs en sa compagnie sur une affiche de campagne promettant "une ville en marche".
Volontiers chambreur, expansif par nature, mais pas agressif pour un sou, Diniz a d'abord enjoint notre petit groupe à chanter l'Internationale, histoire d'exprimer musicalement notre défiance à l'égard d'un ministre qu'il considère "être le pire du gouvernement". "Et c'est pas peu dire", précise dans la foulée le champion d'athlétisme, qui ne porte pas beaucoup plus dans son coeur Rachida Dati et Christine Boutin.
Mais voyant (ou plutôt entendant) que peu d'entre nous maîtrisions suffisamment les paroles de l'hymne coco, le marcheur a alors entonné un refrain plus fédérateur : Le Chant des partisans version Zebda a ainsi vite été repris en choeur par une petite dizaine d'insurgés volubiles mais définitivement souriants. Ce message, quelque peu tonitruant, n'a pu échapper au ministre, mais il l'a laissé de marbre. Et au moment de descendre de l'avion pour monter dans le bus nous amenant au terminal d'arrivée, plus de trace d'Hortefeux, disparu en toute discrétion pour éviter de se mêler à la foule... Sans même féliciter les talents vocaux de cette chorale improvisée.
Jonathan Bouchet-Petersen / mardi 5 février 2008 / 18:31


